mercredi 17 janvier 2007

Drôle de gynécée...

... ou "Bonheur de Femmes"

« Qu’est-ce que c’est que d’être une fille? », se demande Cypora Petitjean- Cerf. Réponse dans « Le Corps de Liane », le portrait d’une jeune fille qui grandit dans un gynécée plein de fantaisie qu’on est triste de quitter à la fin de ce deuxième roman irrésistible.
« Liane, allongée sur le dos, observait ses seins taille 90 C. Jamais, ils ne lui rentreraient dans le corps, il n’y avait plus d’espoir. » Les années 80 battent leur plein, les aventures de la famille Ewing de « Dallas » rythment les semaines de millions de Français, et Liane trouve dans le feuilleton américain un moyen d’échapper à sa vie d’adolescente. Pour oublier cephysique qui l’embarrasse tant, elle a aussi un mari imaginaire, tout à fait exemplaire, et des jumeaux très sages, Luce et Michel. Et aussi un cahier bleu dans lequel elle consigne tout et n’importe quoi, histoire de trouver un sens à sa vie et des réponses à toutes les questions qui lui trottent dans la tête. « C’est quoi, être une fille? », se demande-t-elle inlassablement. La réponse est d’autant plus compliquée à trouver que Liane vit dans un monde sans hommes.Avec un naturel confondant, Cypora Petitjean-Cerf met en scène une famille où les femmes se reproduisent toutes seules. Lorsque Liane paraît, son père est déjà parti.

Avant elle, lorsque sa mère Christine est née, son grand-père n’a pas mis non plus beaucoup de temps à déguerpir. Mais – c’est là la force et la fraîcheur du livre – nulle aigreur n’habite ces femmes, mais au contraire une grande énergie. Construit sous la forme d’une suite de petits tableaux, « Le Corps de Liane » est un roman choral qui tourne autour d’une poignée de femmes : la jeune fille, sa mère, sa grand-mère, sa meilleure copine (choisie à cause de ses gros seins), la femme de ménage recrutée par Liane parce qu’elle incarne l’essence dela féminité, et une amie algérienne de la famille qui vient de perdre un bébé. Les descriptions sont impressionnistes, les dialogues sonnent toujours juste et le roman est emballé par une originalité de personnages et de situations irrésistibles. Impossible de ne pas céder au charmede ce délicieux gynécée qui se retrouve au fin fond de la Bretagne pour fêter Noël et panser bleus à l’âme et peines existentielles. Ensemble, c’est mieux. On sourit, on s’émeut, pas un cliché ni une idée reçue, mais une grande empathie pour les personnages mêlée à un sens del’observation aigu. Quand elle n’écrit pas, Cypora, jeune fille gracieuse et menue, estprofesseure de lettres dans un collège d’Arcueil, après avoir enseigné en Zep à Saint-Denis et s’être portée volontaire dans une classe relais pour élèves en très grande difficulté. Les ados, elle connaît, et cela se sent dans son portrait de Liane. Les femmes, elle connaît aussi, elle qui a été élevée sans père, mais avec un grand-père à qui elle dictait des romans, avant même de savoir tenir un crayon. Son plaisir d’écrire après des journées difficiles – « Je n’ai jamais peur, mais je suis très fatiguée le soir » – est contagieux. Et on attend avec impatience son troisième roman qui racontera la jeunesse de l’exquise Huguette, la grand-mère de Liane. En attendant, commencez l’année sous le signe du féminin, ces femmes-là le valent bien.

1 commentaires:

Jean-Pol Lefebvre a dit…

J'arrive juste en retard avec ma cuillère et mon bol, pas de bol... tiens va faire un petit tout là.... http://segolene.ampelogos.com/recettes/vive-les-soupes/